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Dans ma rue

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 07:00

Sa dernière lettre expliquait.

 

La femme qui l’avait accueilli à son arrivée s’était montrée très aimable, habituée à faire le lien entre la vie réelle et ces hôpitaux où l’on entre la peur au ventre et l’esprit en vrac. Après quelques formalités administratives, elle l’avait conduit dans sa chambre.

Celle du deuxième étage qui donne sur le parc, juste à droite de l’escalier.

Là, elle lui avait montré les différents endroits où ranger ses affaires, la salle de bains, les toilettes, son lit, la télévision : « Le médecin passera en début de soirée. Ensuite, je viendrai vous apporter vos médicaments. Le repas sera servi à 19 heures. À tout à l’heure. »

Sa voix était calme, douce, apaisante, déjà infantilisante.  Il est important de rassurer les enfants quand on les éloigne de leur milieu naturel.

Il avait posé son bagage et l’avait ouvert pour ranger ses quelques vêtements mais s’était écroulé sur le lit, fatigué, perdu et inquiet du sort qui lui était réservé. Enfin, au prix d’un énorme effort, il s’était redressé et avait entrepris de vider sa valise. Il avait ouvert le placard : trois étagères et un coin penderie. Il lui avait semblé mettre beaucoup de temps et de soin à ranger ses habits, son nécessaire de toilette et ses affaires personnelles.


Quitte à rester si longtemps quelque part, elle se souvint comme il lui avait été important de marquer son territoire, de poser là sa crème de jour, là les boules pour la protéger contre le bruit, ici, le plus important, ses quelques livres, ses crayons noirs d’écolière, son cahier pour écrire, écrire, écrire…


Enfin, il avait posé sa montre sur la table de nuit et ouvert le tiroir pour y ranger son portefeuille. Un peu brusquement peut-être puisque celui-ci lui resta dans les mains pendant que tombait à terre un papier oublié par un occupant précédent. Il avait remis le tiroir à sa place et ramassé le papier. Il s’agissait d’une enveloppe vide adressée au nom de Mme G…Au dos, le nom de M. G… rue Dareau Paris 14ème.


Seul son mari lui écrivait, avec sa toute minuscule écriture, comme si des mouches avaient trempé leurs petites pattes dans de l’encre bleue.


Il avait tout de suite fait le lien avec cette jolie femme blonde rencontrée dans son quartier, qu’il n’avait jamais oubliée. Il se souvenait avoir demandé à la caissière des précisions sur la chanson qu’elle avait entendue à la radio.

« Elle s’appelle Mme G… mais elle a longtemps chanté sous un pseudonyme, lui avait-t-elle confié en lui donnant son nom d’artiste, vous pouvez trouver facilement ses disques. »

 

 

Elle était devenue maintenant une vieille dame qui soutenait que les lettres avaient bien été reçues dans cet ordre-là, en se souvenant de chaque phrase mais en refusant de les montrer.

- Non, précisait-elle, je n’en ai plus reçu d’autres… Non, je n’ai jamais su qui il était.

 

Assise, bien droite, dans son fauteuil de velours bleu au ton fané, les mains croisées posées devant elle, le regard tourné vers l’invisible – ce regard que nul ne pouvait accrocher – elle continuait à vivre, comme si tout lui était absolument indifférent.

 

Fin

 

Dominique Grassi
Jean-charles Theillac
sur une idée de Catherine Maisse

 

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Published by Jean-Charles THEILLAC - dans Nouvelle
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