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Dans ma rue

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 07:00

Les lettres qui suivirent lui firent penser à une enquête policière : il cherchait, s’interrogeait sans fin. Il ne voulait pas admettre ce qui lui arrivait, se sentait tiraillé entre culpabilité et innocence. Comment en était-il arrivé là ? Quand en avait-il trop dit ? A quel moment en avait-il trop fait ? Aurait-il réellement dû tout laisser là et fuir ? Il essayait de remonter le temps pour trouver, précisait-il, à quel moment il n’avait pas compris qu’il fallait prendre garde. A quoi ? A qui ?

 

Elle comprit que cette quête à laquelle il se livrait, l’épuisait. Toutes ces interrogations l’amenèrent à penser qu’elle correspondait, même à sens unique, avec un prisonnier, malade sûrement mais prisonnier, suite à elle ne savait quel méfait. D’ailleurs, il n’en disait rien, preuve qu’il avait honte et peur de son jugement s’il avouait.

Elle crut avoir démêlé cet étrange écheveau quand il lui parla, enfin, du décès de sa compagne tout en décrivant les énormes tracasseries de sa belle-famille – quel drôle de mot pour désigner une si laide engeance - qui ne lui avait laissé aucun répit puisqu’elle ne cessait d’insinuer sa responsabilité dans l’accident. La piste « pénale » se confirma dans son esprit… Jusqu’à ce qu’elle lut la dernière phrase : «Je n’étais pas dans la voiture » .

La semaine suivante, elle continua à l’apprendre, à le cerner, à en repérer plus exactement les contours. Ne le connaissait-elle pas depuis toujours ? Elle acquit le sentiment d’avoir déjà croisé ce drôle d’oiseau qui lui racontait sa vie. Sa vie à lui ou la sienne ? Comme lui, après la mort de l’autre, elle avait tenté à s’extraire de ce « bourbier ».  Il s’était jeté à corps perdu dans la peinture et le dessin. Elle, cela avait été l’écriture. Dans son atelier qui lui servait de logis, il avait cherché à retrouver un peu de sérénité. Et puis, il lui décrivait longuement ce quartier qu’il arpentait tout les jours et lui rappelait son enfance et ses grandes promenades au Parc Montsouris avec ses parents. Lui aussi, comme elle, il avait été attiré tout doucement au bord du « puits ».

 

Je me souviens si bien de ma lassitude. La vie était une sourde lutte d’où ne surgissaient que de pénibles conflits. Pourquoi toute cette agitation ? Quelle utilité à toutes ces démarches, quelle nécessité à toutes ces conversations, à tous ces repas, à tous ces voyages d’affaires ? Quand je le disais, je devenais suspect. Je dérangeais. Ces sorties obligées, ces interminables repas avec la sacro-sainte famille, ces réunions « amicales » ! J’aurais dû fuir, me soigner moi-même, mais c’était trop tard. J’aurais dû faire une pause, nager à contre-courant, j’en ai été incapable. Je n’avais plus personne à qui parler, dire mes sentiments, vider ma peine.

Quand elle reçut la lettre suivante, l’avant-dernière, elle commença à mélanger leurs vies à tous les deux, leur histoire, leur deuil, leur chute. Elle lisait ses mots à lui et retrouvait les siens, ceux qu’elle avait pensés si fort qu’il les écrivait à sa place : un matin, il se réveilla derrière ses paupières closes et ne trouva pas la force de les lever. Pas la force, pas l’énergie, ce n’était plus la peine. Il se découvrit à bout de souffle, comme sous une tente à oxygène et ce matin-là, quelqu’un marchait sur le tuyau. Il allait mourir et, pour que tout fût dit, pour que l’on ne lui demandât plus rien, il acceptait la mort.

...à suivre

 

Dominique Grassi
Jean-charles Theillac
sur une idée de Catherine Maisse

 

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Published by Jean-Charles THEILLAC - dans Nouvelle
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