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Dans ma rue

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 07:00

Toutes ces lettres, elle les recevait bien. Aucune ne se perdait en route. Elle les lisait très attentivement et même, depuis le début, elle les attendait impatiemment, comme si ce qui le sauvait la nourrissait, elle. Elle ne pouvait pas lui répondre et s’étonnait d’apprécier ce rapport ambigu avec un inconnu. Ils étaient donc liés par une relation épistolaire à sens unique ? Tous deux pouvaient d’un instant à l’autre se désengager sans que l’autre puisse intervenir. Il cesserait de lui écrire, elle déchirerait ses lettres : elle n’y pourrait rien, il ne le saurait jamais.


Comme toute relation forte, nouvelle, étonnante, elle avait besoin d’être partagée. Mais à qui en parler ? Cet homme lui faisait confiance. Elle en aurait bien parlé à son frère, Gérard, mais il ne s’embarrassait pas de psychologie inutile et lui aurait à coup sûr affirmé qu’il s’agissait d’un maniaque, un déséquilibré qui avait dû relever son nom et son adresse dans n’importe quel bottin: « La preuve, il te dit qu’il est enfermé derrière des barreaux. Il est sûrement en taule et pour se désennuyer, il s’amuse à t’ennuyer avec ses phrases-mystère. » Il aurait même ajouté avec bonhommie : « Le monde gagnerait en repos si tous les fêlés partaient aux champs. »
Elle avait souri la première fois qu’il lui avait sorti sa formule mais cette idée comportait tout de même un danger pour l’agriculture !

Non, ce n’était pas à lui qu’elle devait se confier.

 

Le hasard lui vint en aide.

Au cours d’une soirée où l’avait conviée une collègue de travail, elle fit la connaissance d’un couple remarquable par sa gaieté et sa joie de vivre. Elle était médecin généraliste et lui, cadre dans une entreprise de pièces détachées.


Une fois le repas terminé, ils passèrent dans une pièce de belle taille aux sièges confortables. Elle se trouva assise près de la femme médecin et commença à parler « métier » avec elle, puisque celle-ci assurait des vacations dans l’organisation mutualiste dans laquelle elle occupait une fonction d’accueil. Au bout de quelques minutes, elle osa évoquer le cas de son étrange « ami ». Comme elle connaissait par cœur certains passages de ses lettres, elle demanda : « Si quelqu’un venait consulter et vous parlait ainsi, quel serait votre diagnostic ?


- Je penserais que cette personne s’adresse à moi déjà bien tard et que son état nécessite qu’elle soit alitée. Il peut s’agir d’une profonde dépression ou encore d’une maladie grave qui se cache derrière cette grande fatigue mais, dans ce cas, votre ami vous décrirait des symptômes plus précis. Vous savez, ajouta-t-elle, il faudrait pratiquer plusieurs examens avant de pouvoir se prononcer, on ne peut rien dire comme cela, sans connaître d’autres détails ».


Craignant de l’avoir déjà trop accaparée – un médecin pourra-t-il jamais passer une soirée amicale sans être contraint de donner une consultation sauvage à tel ou tel autre convive ? - elle la remercia et parla d’autre chose. Ce qu’elle venait d’entendre corroborait ce qu’elle-même pensait. Cet homme était en grand danger physique ou moral. Elle aurait voulu le lui dire. Hélas !
À qui écrire et où ? De toute façon, il le savait et il n’était pas seul : enfermé, bien sûr mais apparemment, soigné. Et pourquoi craindre que les soins qui lui étaient prodigués ne fussent pas les bons. Elle-même, malgré ce qu’il lui en avait coûté de l’admettre, s’était bien sortie de ce marasme qu’il semblait vivre, grâce à des traitements en apparence inhumains, en apparence seulement.


Elle se renseigna cependant auprès de la Poste et obtint le numéro du bureau d’où étaient expédiées les lettres, mais cela ne donnait pas l’indication du lieu précis de leur dépôt. Il y avait tant de boîtes à lettres disséminées dans cette banlieue parisienne. De toute façon, il ne signait que de son prénom. Même si elle avait pu repérer le nom de plusieurs cliniques de repos, un prénom ne suffisait pas pour tenter de lui écrire - était-ce vraiment le bon ? Et puis, il pouvait aussi bien se trouver dans un hôpital, un centre de soins spécialisé ou… dans une prison.


Elle abandonna cette piste de recherche et décida d’attendre qu’il veuille bien se faire connaître. S’il le veut, un jour. Après tout, lui qui semblait surtout prisonnier de lui-même, enfermé, clos, c’était là sa dernière liberté : rester anonyme.


...à suivre


Dominique Grassi
Jean-charles Theillac
sur une idée de Catherine Maisse

 

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Published by Jean-Charles THEILLAC - dans Nouvelle
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